Qu'adviendra-t-il de toute cette beauté ?
Ce matin, il s'est passé quelque chose de merveilleux devant un lycée de ma circonscription.
Je me suis rendue à 7h30 devant un lycée du 17e arrondissement.
Les enfants étaient déjà là, organisés pour faire connaître leurs revendications. Sortis d'une nuit trop courte, ils sont allés conquérir leurs rêves, nous crier leur droit de rêver demain plutôt que de le craindre. Quand d'autres jeunes de leur âge se rêvent astronautes, eux rêvent de classes qui ne sont ni des bouilloires ni des passoires, et de professeurs présents, de ce qui est acquis ailleurs, de la promesse que la République leur a soufflée à l'oreille à la naissance, et qu'elle n'a cessé de trahir.
« Dans notre France moderne, qu'est-ce donc que la République ? C'est un grand acte de confiance. » disait Jaurès aux lycéens d'Albi dans son discours à la jeunesse.
Quand la confiance n'est plus, trahie par les inégalités sociales et les désinvestissements publics successifs, remplacée par la maltraitance des institutions envers ces jeunes, c'est la colère qui prend place.
La colère s'est réveillée tôt ce matin, au moins aussi tôt que les rêves. Les lycéens étaient organisés, habillés de noir, les mots d'ordre étaient clairs : nous voulons que notre lycée banalise cette journée, une manière de demander à ce que l'institution les regarde dans les yeux et qu'à défaut de leur donner un avenir, elle leur donne au moins une journée.
Oui, la République est un grand acte de confiance et un grand acte d'audace, continuait Jaurès.
Ce matin, les professeurs et les parents étaient dehors, prêts à discuter avec les lycéens, quand ils ne les soutenaient pas déjà, souffrant de la même trahison.
Dans cette petite société organisée, la police trouvait sa place : proche, à l'écoute, à distance, laissant les ailes des jeunes se déployer, et acceptant que cela valait bien de tolérer quelques poubelles déplacées.
Je suis venue à 7 heures et demi avec mon écharpe tricolore, aux couleurs de celle qui fait souffrir, de celle qui promet, de celle qui trahit, de celle dont on attend tout. Dans la tour de Babel des revendications, des colères et des espoirs, mon écharpe n'avait pas besoin de traduction. Elle disait qu'une partie de l'institution, au moins une, était là pour que les choses se passent au mieux.
« Madame, j'ai peur. »
« Madame, je comprends. »
Devant les grilles, se retissait la confiance, au moins assez pour que les sentiments se dévoilent.
« Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent », écrivait Saint-Exupéry. Ce matin, ils nous l'ont rappelé.
Qu'adviendra-t-il de toute cette beauté ? Cela dépend de nous, qui avons été des enfants et qui sommes à présent ceux à qui l'on demande des comptes.
Les rêves valent bien quelques poubelles déplacées. Elles sont déjà remises en place ; il reste à remettre les rêves à l'ordre du jour.

