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Pendant que la France suffoquait, l'extrême droite parlait d'identité

  • il y a 5 heures
  • 4 min de lecture

Photo de mon pupitre dans l'hémicycle à l'ouverture de la séance du 25 juin 2026 à 9h
Photo de mon pupitre dans l'hémicycle à l'ouverture de la séance du 25 juin 2026 à 9h

Jeudi 25 juin, alors que toute la France hexagonale suffoquait sous parfois plus de 40°C, le groupe d'Eric Ciotti tenait sa journée d'initiative parlementaire à l'Assemblée nationale.


Parmi les premières propositions mises au débat, il y'avait d'abord un texte pour empêcher les personnes en situation irrégulière de pouvoir se marier en France puis un texte sur leur vision de l'inclusion des personnes immigrées.

Rien sur notre mode de production et de consommation, rien non plus sur la réduction de notre dépendance aux fossiles, pas plus sur l'adaptation.

Bref, rien pour protéger les citoyennes et les citoyens.


Nous avons réussi à nous opposer à leur premier texte en déposant des centaines de sous-amendements pour faire durer les débats toute la nuit.


Je n'ai donc pas pu m'exprimer sur le deuxième texte qu'ils proposaient visant à restreindre encore plus les conditions d'accès à la nationalité.

Je le partage avec vous parce qu'il en dit long sur ce qui nous oppose fondamentalement aux élu·es et militant·es d'extrême-droite. --------------------------------- À lire cette résolution, on pourrait croire que la France serait en train de disparaître. Que notre pays ne serait plus une nation. Que les Français ne partageraient plus rien. Que tout cela serait la conséquence du multiculturalisme. 

C'est une vieille histoire. 

À chaque époque, certains expliquent que la France est menacée parce qu'elle change.Au fil des siècles, c'étaient les Italiens, les juifs d’Europe de l’Est, les Arméniens, les Espagnols, les Portugais, les Cambodgiens et les Vietnamiens. Aujourd'hui, ce sont d’autres qui sont vos cibles. 

Les visages changent. Le discours, lui, reste le même. Paresse de l’esprit faible. 

À chaque génération, on annonce la disparition de la nation. Et à chaque génération, la France continue. 

Les historiens le savent. Les archéologues le montrent. Les généticiens le confirment.

Notre territoire est le produit de circulations permanentes. Des peuples sont arrivés, d'autres sont repartis. Des langues se sont rencontrées. Les cultures se sont mélangées. Les croyances se sont succédé.

L'idée d'une France originelle, pure, qu'il faudrait retrouver, relève davantage de la fable que de l'Histoire. Une fable dont vous avez besoin pour exister politiquement.

Et quelle France souhaitez-vous retrouver ? Celle de 1970 qui pénalisait l’homosexualité et l’avortement ? Celle de 1930 qui n’accordait pas le repos aux travailleurs et ou le droit de vote aux femmes et qui plaçait sous domination coloniale des millions de personnes ? 

Non ce n’était pas mieux avant, et cela n’aurait pas été mieux avant ni pour vous ni pour moi. 

La nostalgie qui vous gagne vous empêche de voir la France pour ce qu’elle est : une France vivante qui puisent ses racines dans les histoires des femmes et des hommes qui la composent. 

La France que je connais, c'est celle de la médecin dont les grands-parents sont nés en Algérie qui soigne tous les patients qui passent aux urgences. C'est celle d'un professeur dont les parents sont arrivés du Portugal et qui enseigne Molière à ses élèves. C'est celle d'un militaire né à Dakar qui porte le même uniforme qu'un jeune né à Tulle ou  Point-à-Pitre. La France, c’est celle qui croit ou ne croit pas, c’est celle qui allume les bougies de Hanouka, les guirlandes de Noël et les lumières pour les veillées du Ramadan.

La France, c’est le Panthéon, demeure éternelle de Missak Manouchian, Marie Curie et Marc Bloch. La France est celle dont la langue s’est enrichie de multiples affluents et qui est parlé sur plusieurs continents, parce que notre histoire est aussi celle de la colonisation. Et cette histoire ne s'efface pas. Elle s’assume. Mais vous n’assumez rien. Ni vos propos ni leurs effets. Car vos discours fanatisés abîment notre nation. Ils convergent vers le même objectif. Uniformiser. Et selon votre vision raciste et ethno-centrée du monde : purifier. 

Purifier l’accès au logement avec la préférence nationale ; Purifier la fonction publique en y excluant les binatinaux ; Purifier l’espace public avec les contrôles aux faciès.

J’aime notre pays avec la même ferveur que celle que vous employez pour détruire notre héritage. Notre héritage, c’est l’égalité. La Révolution française, c’est l’égalité. Le Front Populaire, c’est l’égalité. Le manifeste des 343, c’est l’égalité. Les marcheurs de 83, c’est l’égalité. Le mariage pour tous, c’est l’égalité. Les jeunes pour le climat, le collectif Adama, c’est l’égalité. À chaque génération, la France a grandi lorsqu'elle a décidé qu'il y aurait un peu plus d'égalité qu'hier.

C'est cela, notre héritage.

Notre nation ne se résume ni à une origine commune, ni à une mémoire uniforme. Sinon, elle devient une généalogie.

Une nation est d'abord un projet politique et la conviction que nous avons davantage à partager qu'à trier.

La République française n'a jamais demandé aux citoyens d'avoir les mêmes ancêtres. Ni d’effacer ce qu’ils sont pour devenir Français. Elle leur a simplement demandé de reconnaître les mêmes droits aux autres qu'à eux-mêmes.

C'est cela qui fait tenir un peuple. Mais quand on compte dans vos rangs des ennemis du services publics, des adversaires aux politiques mémorielles et des opposants à l’égalité devant l’impôt, c’est bien que vous voulez nous fracturer pour mieux nous soumettre aux intérêts prédateurs que vous servez.


Mais nous ne nous laisserons pas faire. Partout dans le pays s’éveillent les voix qui refusent vos assignations et vos mensonges. Des centaines de milliers de personnes se sont levées il y’a deux ans pour vous empêcher de vous répandre sur votre république. Des anonymes, des syndicalistes, des bénévoles, des jeunes aux histoires mélangées, des vieux qui en vu d’autres,  des profs, des infirmiers, des chefs d’entreprises.

Partout dans le monde, la résistance à vos idées s’organisent et vous ne passerez pas. 

 
 
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