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Mouvement social : La politique de la terre brûlée.

il y a 17 heures
3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 10 minutes

Des lycéens grièvement blessés, parfois mutilés. Des milliers de gardes à vue. Des mesures antiterroristes utilisées contre des manifestants.


Des jeunes poursuivis pour leurs publications sur les réseaux sociaux.


Des cortèges relégués à la périphérie des villes, loin des regards. Voilà le visage qu’offre aujourd’hui notre République à celles et ceux qui osent contester les décisions prises en son nom.


Cap franchi le 22 octobre, avec Emmanuel Macron en personne qui, à l’issue d’un conseil de sécurité, a annoncé, sans blêmir, que les demandes de manifestations émanant de personnes n’ayant, selon lui, “aucune légitimité pour cela” seraient refusées. 


Il fallait y penser ! Après s’être arrogé le droit de décider qui était légitime à gouverner - on se souvient du sort réservé au Nouveau Front populaire, pourtant arrivé en tête des dernières élections législatives, voilà qu’Emmanuel Macron entend désormais décider qui est légitime à manifester. Comme si la liberté de manifestation était une faveur accordée par l’Élysée.


Est-il nécessaire de lui rappeler que la manifestation est une liberté constitutionnellement protégée qui appartient à toutes et tous ? 


Un abus de pouvoir de plus que j’ai pris l’initiative de contester dès le lendemain en saisissant le Conseil d’Etat d’un référé-liberté. Sept partis de gauche, dont les Écologistes, le Parti socialiste et La France insoumise, se sont associés à cette démarche. Le Conseil d’État a finalement rejeté notre recours. Mais il nous a donné raison sur le fond en estimant  qu’il n’avait pas lui-même la compétence de prendre une telle décision… 


Autre séquence lunaire : le 24 octobre, à Paris, des organisations syndicales se sont vu interdire tardivement un parcours pourtant négocié, pour être renvoyées vers les boulevards des Maréchaux, aux marges de la capitale, alors que ces boulevards n’avaient pas accueilli de manifestation depuis … 1934 !


Faut-il, là encore, rappeler à ce gouvernement que la manifestation a précisément pour fonction de rendre des revendications manifestes et donc visibles, dans l’espace public ? 


Sans revenir sur la multiplication des violences policières, il faut aussi évoquer le recours massif aux interpellations et aux gardes à vue, dont beaucoup ne débouchent sur aucune poursuite. La procédure pénale devient une banale technique de gestion des foules.


Après tout, pourquoi s’embarrasser des finalités du droit quand on peut si commodément s’en servir pour maintenir l’ordre ? Il est vrai qu’à force de détourner les procédures de leur vocation, on finit par en faire une méthode de gouvernement. Et la procédure pénale n’avait aucune raison d’échapper à cette belle tradition.


Il serait bien commode de réduire tous ces exemples à de simples dérapages. J’y vois, pour ma part, une trahison du rôle essentiel que les manifestations ont joué dans notre histoire.


Pendant des décennies, la rue a participé, à côté des élections, à la fabrication des décisions politiques.  Et c’est heureux :  la souveraineté populaire ne s’épuise pas dans les urnes ! Souvenons-nous des mobilisations antifascistes de 1934 et 1935 qui ont contribué à la naissance du Front populaire.


Remémorons-nous celles de mai 68 qui ont profondément transformé notre société. Et n’oublions pas celles qui, entre 1984 et 2003, ont obtenu le retrait de réformes contestées. 


Pour ceux qui en doutaient encore, les choses ont au moins le mérite d’être claires : ce pouvoir, qui se présente comme le dernier rempart contre l’extrême droite, s’applique surtout à lui préparer le terrain. Il ne lui restera plus qu’à remettre les clés.









 
 
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