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La bête immonde s’est reconstituée sous nos yeux.

il y a 21 heures
4 min de lecture

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. » Bertolt Brecht écrit ces mots en 1941, alors que le nazisme est à son apogée et sa défaite encore lointaine. Il la pressent, comme il pressent qu’elle ne sera pas définitive. Son avertissement vise celles et ceux certains que nos institutions, nos esprits et nos sociétés pourraient devenir imperméables à l’autoritarisme et au fascisme.


Le ventre, c’est le système socio-économique et la complicité des élites.

Le ventre, c’est la paresse et l’habitude.

Le ventre, c’est la lâcheté.


Et nous sommes dedans.


Vendredi 23 octobre, à Trappes et à La Verrière, un homme a ouvert le feu sur des passants, ciblant volontairement des personnes Noires et Arabes. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, combattant amateur de MMA, a été tué.


Cinq personnes ont été grièvement blessées, dont une fillette de 12 ans. Nous ne savons pas encore tout ce qui s’est passé dans la tête du terroriste, mais nous savons ce qui a été dit, pendant des années, sur celles et ceux qu’il a visés.


Les historiens ont étudié les mécanismes qui ont conduit le nazisme au pouvoir, puis à des millions de morts. On ne commet pas un génocide du jour au lendemain, mais chaque jour peut être un pas vers ce qui le rend possible.


D’abord, des médias diffusent une propagande sans limite et sans barrière du camp de la haine.Les mots rejetés hier deviennent acceptables et appartiennent enfin au débat d’idées. Cela commence par accepter de catégoriser, de déshumaniser des citoyennes et citoyens qui ne sont jamais invité·e·s autour de la table. Avant de hiérarchiser certaines vies, il faut les rendre suspectes.


Puis des responsables politiques, par idéologie ou par cynisme, désignent une minorité et l’accusent de tous les maux. Le fascisme gagne le jour où ceux qui prétendent le combattre reprennent ses termes, empruntent leurs solutions et considèrent même qu’il pose les bonnes questions.


Ensuite, le système s’organise pour accueillir cette haine : il lui déroule le tapis rouge et la rend possible, concrètement.


Enfin, la société regarde. Une immense partie s’habitue, se tait ou se rend complice, quelques-uns adhèrent, et une infime minorité résiste.


Le fascisme n’a pas besoin que tout le monde devienne fasciste. Il a besoin que les gens cessent de croire qu’ils peuvent encore agir, que la vérité devienne discutable et enfin que la solidarité soit considérée comme imprudente ou outrancière.


Le racisme n’est pas une haine individuelle. Il est une manière de hiérarchiser les vies pour justifier et conserver des privilèges.


Ainsi on pave le chemin de l’horreur. Et un jour, on se réveille et la bête, qui rampait, dévore.


Elle a infusé partout, elle a détruit toutes nos certitudes : la boulangère qui vous apprécie, l’école qui garde vos enfants en sécurité, la justice qui garantit vos droits, le village qui vous protège.


Un jour, ce qui était possible ne l’est plus et on ne peut plus aller à la station-service, ni traverser une rue, sans craindre de mourir parce qu’on est Noir ou Arabe.


Marine Le Pen, Jordan Bardella, Éric Zemmour, que la droite et le bloc central ont banalisés quand ils ne se sont pas jetés dans la collaboration,


Pascal Praud, Christine Kelly, la Bolloré-sphère, dont nous avons demandé la régulation, souvent seuls, sans effet,


L’extrême-droite qui a contribué en long, en large et en travers, à dessiner le portrait d’un ennemi de l’intérieur à abattre : il est Noir ou Arabe, il vient des quartiers populaires, il est souvent musulman, et parfois, elle porte le voile.


Ils ont ciblé

Et vendredi, quelqu’un a tiré.


Nous voilà en octobre 2026. La bête immonde est de retour, et peu de gens s’en émeuvent. Ce qui devrait être un électrochoc national est traité comme un fait divers. Le déni ne vient pas de l’ignorance, mais de notre manière d’organiser l’indifférence collective.


Pengo Bossio Wangi, 26 ans, la vie devant lui, devrait être veillé dans toute la France. Il est mort victime d’un racisme qui s’est installé, de la lâcheté des uns, de la compromission des autres, d’un système qui n’a pas voulu voir, ou qui a vu et s’en est accommodé, quitte à sacrifier une partie d’entre nous.


On voudrait que nous restions polis. Que nous débattions avec la bête, que nous l’accueillions dans nos espaces politiques et médiatiques, au nom d’une neutralité pudique et d’une démocratie qui ne trierait rien. Mais la démocratie n’est pas la tolérance de tous les discours, elle est la protection de tout le peuple.


Un discours qui cible, qui stigmatise, qui oppose et qui arme idéologiquement ne participe pas au débat : il le détruit.


Et une société qui le laisse faire laisse un homme mort sur un trottoir.


Face à cela, aucun recul n’est possible. La seule issue, c’est le combat. La seule survie, c’est le combat. Le combat antiraciste, antifasciste, courageux.


Nous, désordre de courage et d’espoir en l’avenir, bouleversés, en colère, endeuillés, unissons-nous. Car c’est une question de vie ou de mort pour nombre d’entre nous. Il n’est pas trop tard, car si les germes de la haine n’ont jamais cessé d’être entretenus par certains, les racines de la résistance sont profondes dans notre pays. Le problème politique du racisme n’aura qu’une issue politique. Rien ne ramènera Pengo Bossio Wangi, mais nous devons, à sa mémoire, de sauver l’avenir.


 
 
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