Budget : La bataille du “nous” commence.
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Depuis mardi, nous débattons dans l’hémicycle du budget de l’État pour 2027. Les discussions sont techniques mais la question politique reste fondamentale. Peut-on encore promouvoir le “vivre ensemble” lorsqu’on encourage ceux qui disposent du capital à faire sécession en ne contribuant pas à l’effort collectif ? C’est cette question qui traverse l’examen des projets de loi de finances.
Il faut reconnaître à ce gouvernement un talent remarquable pour présenter les conséquences de ses propres choix comme des fatalités auxquelles il serait étranger. Depuis neuf ans, nous subissons, à chaque présentation du budget, le même refrain avec des caisses qui seraient vides, des dépenses publiques excessives et des Français·es sommés de consentir de nouveaux sacrifices.
Mais nous ne sommes pas dupes du récit de la faillite parce que nous avons une excellente mémoire de nos batailles budgétaires. Depuis 2017, les macronistes ont, avec l’appui du groupe LR puis du Rassemblement national, organisé le désarmement fiscal de notre démocratie, en allégeant considérablement l'impôt sur les sociétés, en épargnant largement la fiscalité du patrimoine et en faisant d’immenses cadeaux sur les impôts de production. Je ne reviendrai pas sur chaque recul mais ces choix représentent au moins 62 milliards d'euros de recettes annuelles auxquelles nos adversaires politiques renoncent chaque année. Et voilà qu’ils viennent encore aujourd'hui nous expliquer que nous n'avons plus les moyens de financer nos services publics et qu’il va falloir couper drastiquement dans nos dépenses sociales.
Aujourd’hui, le gouvernement annonce 54 milliards d’euros d’ajustement budgétaire, dont 23 milliards de réduction des dépenses hors intérêts de la dette. Les gens qui ne vivent plus dignement de leur travail et les retraités sont appelés à contribuer au redressement des comptes.
À ce degré d’obstination, on ne peut plus parler d’une simple erreur de gestion des finances publiques mais d’un véritable projet de société dans lequel les plus fortunés peuvent s’affranchir de leurs obligations collectives tout en continuant à profiter des infrastructures financées par tous. La droite et l’extrême droite promeuvent sans complexe la sécession des élites économiques, qui s’enrichissent grâce à la société tout en se détachant progressivement de la communauté de destin que nous sommes censés former ensemble. Nous subissons, en somme, chaque année des lois de finance séparatistes.
Les débats budgétaires en commission la semaine dernière nous en ont donné la pleine mesure. Mes collègues de la commission des Finances ont défendu avec talent les amendements de notre groupe pour faire davantage contribuer les très hauts revenus, rétablir la progressivité de l’impôt sur les revenus du capital ou encore mettre fin à certains privilèges fiscaux qui permettent aux grandes fortunes de se transmettre sans avoir jamais été imposées sur leurs plus-values.
Nous regardons aussi à qui l’Etat choisit de consacrer l’argent public. Plus de 210 milliards d’euros d’aides aux entreprises en 2023, selon la commission d’enquête sénatoriale conduite par Fabien Gay, en comptant notamment les avantages fiscaux et les exonérations de cotisations.
Notre pays est devenu un véritable paradis des niches fiscales, dont certaines bénéficient largement aux plus aisés. Prenons l’exemple du crédit d’impôt pour l’emploi à domicile. Près de 7 milliards d’euros par an, sans distinction entre les besoins essentiels et les prestations de confort. Nous avons proposé de rendre cet avantage dégressif pour les revenus les plus élevés, en préservant intégralement les droits des personnes invalides. Amendement rejeté en commission.
Les caisses sont vides, nous dit-on.
Mais la République trouve encore quelques subsides pour entretenir les jardins des plus fortunés. Le gouvernement a même défendu de nouveaux allègements sur les donations familiales, ce qui ne manque pas de sel quand on brandit à longueur de journée la valeur “travail”. Il faut bien préserver les avantages de ceux qui vivent de leur patrimoine si on veut rester entre soi… Et bien sûr, le Rassemblement national révèle une fois de plus son vrai visage du côté des puissants en rejoignant ces choix. Voilà qui en dit long sur les intérêts que chacun choisit de défendre lorsque vient le moment de voter.
Mais cette sécession ne se joue pas seulement dans la fiscalité. À mesure que les services publics perdent leurs moyens - puisqu’il n’y a plus de recettes pour les financer ! -, ceux qui en ont la possibilité s’en détournent.
L’école publique offre sans doute l’exemple le plus frappant de cette logique mortifère. À force de manquer de professeurs, de laisser les classes se surcharger et les établissements se dégrader, elle finit par perdre les familles qui ont les moyens de partir, et qui se tournent ensuite vers l’enseignement privé, largement financé par … l’argent public. L’école publique devient l’école de ceux qui n’ont rien.
Et les plus favorisés n’ont plus d’intérêt à la défendre. Voilà comment la dégradation d’un service public nourrit sa mise en concurrence par le marché et aggrave le séparatisme social, au détriment de cette promesse républicaine qui voulait que tous les enfants, quelle que soit leur naissance, puissent se retrouver sur les mêmes bancs et bénéficier des mêmes chances. Arnaud Bontemps décrit très bien cette logique dans son dernier ouvrage Service public ou barbarie.
Le Rassemblement national prospère sur le sentiment d’abandon que cette évolution provoque. Mais il ne remet pas du tout en cause ce mouvement. Au contraire. Il s’en délecte et préfère désigner ceux qui ne devraient plus bénéficier de la solidarité plutôt que de s’attaquer à ceux qui peuvent s’y soustraire. Quelle imposture !
C’est cette rupture du lien entre richesse privée et responsabilité collective que nous voulons combattre au sein du groupe Écologiste et Social. C’est ainsi que nous pourrons retrouver un “nous”, non pas celui de l’extrême droite, construit sur l’exclusion, mais celui d’une société qui partage ses ressources, et dans laquelle chacun peut se reconnaître.
Le débat budgétaire nous place devant un choix qui engage bien davantage que nos finances publiques. Accepter que le capital fasse sécession et que chacun soit progressivement livré au marché ou reconstruire les institutions et les solidarités qui nous permettent de vivre ensemble.

